EL FUNDI:LE TEMPS DE L'INSOUCIANCE...

25/01/2017 00:00

 

 

«  Les belles années ».

 

Alors simple novillero con picadores, cette photo avec en fond le fameux mur de briques ocres des arènes de Las Ventas est un témoignage de ce que furent à coup sur les plus belles années de torero de  José Pedro Prados El Fundi. En effet, dans ce sourire, plane un parfum d’innocence ; le genre de sourire que l’on affiche hélas trop rarement lorsque le poids des années nous éloigne chaque jour un peu plus de l’enfance, ou encore lorsqu’assaillis de responsabilités, ce sourire se transforme inexorablement en un rictus forcé, teinté de nostalgie. 


Nous sommes au milieu des années '80.

 

 

Enrique Martín Arranz alors Directeur de la préstigieuse école Taurine de Madrid prend sous ses ailes   « Joselito »  « El Fundi » « El Bote ». Trois inséparables gamins qui, à l'époque ont usé leurs culottes courtes dans la poussière de la « Venta Del Batán ». Une amitié teinée de bienveillance et d'alliance s’est forgée entre ce qui deviendra "le trio gagnant" de l'Ecole Taurine Madrilène. Une camaraderie d'autant plus soudée par l’émulsion de toréer partout, toujours ensemble, à l’image de trois frères sous l’égide du «  pater familias ». Peut importe où l’on va  tant que l’on est ensemble...telle aurait pu être leur devise.
 

 Enrique Martín Arranz, un peu à l’image du père  « Mozart »,  expose ses joyaux, alors tout juste novilleros sin caballos. Ses trois petits princes du toreo aux quatre coins de l’Espagne. Ce faisant, ne serait ce pas détruire une amitié encore innocente que de trop les révéler au public?

 

 Quoi qu'il en soit, c'est ainsi, le parfait triptyque doit un jour se disloquer. Disserter, méditer ou philosopher sur le sujet n'est pas de mise à l'heure du passage à l’échelon supérieur, cet instant où "la barbe pousse plus vite" (-Juan Belmonte-)

 là encore, quand la plupart des novilleros tentent déjà d’échafauder un plan de carrière la boule au ventre, Joselito  El Fundi puis Le Bote continuent, toujours chaperonnés par Martín Arranz leur cavalcade effrénée : tout est parfait, rien ne manque : les contrats sont là et face à un public aimant, presque protecteur, les trois toreros se livrent *une competencia bon enfant ; Comment pourrait-il en être autrement, puisque ce que, justement ce sont encore des enfants ?  Mais les critiques taurins eux ne sont pas des enfants de chœur : Il est temps d’apprendre, à contre cœur, la véritable competencia : celle qui fait mal, celle aussi qui rend fier.

 La presse spécialisée,  et/ou encore les *empresas, sans oublier le taureau, principal intéréssé, ont jeté les dés: Joselito sera *figura,  El Bote ira loin quand au petit Fundi, il est vaillant courageux mais sa petite taille lui fera surement défaut.

  La fin de l’apprentissage en novillada piquées (1986) approche, cela fait un moment que «El Señor  Arranz » n’est plus l'unique et précieux garde du corps attitré des trois enfants devenus adultes.

 

 Andalousie:  En avril 1986 ce sera dans les arènes de Málaga, là où dans une odeur de jasmin le sel de la méditerranée et le sable du ruedo se mèlent, que Damaso Gonzalez adoubera Joselito. Ce dernier se verra confirmé le titre de Matador quelques jour plus tard à Madrid par le gran Curro.

 

 Pour le « petit » de la bande, l’alternative viendra un an plus tard : à mi chemin entre son village et la plus grande arène du monde. Ce sera Villaviciosa de Odón, village au parfum de *vallée de la terreur.

Cette photo prise dans le patio de las Ventas à peine quelques années auparavant semble déjà jaunie … dessus le sourire d’enfant a laissé place au fameux profil d’aigle sérieux et... lavé de toutes illusions.

Cette alternative a la senteur des pots d’adieux entre collègues où des gobelets en plastic remplis de mauvais whisky et quelques cacahuètes trop salées trainent sur la belle nappe en papier. Joselito et Le Bote sont venus pour leur ami. Ils reviendront dans la Capitale confirmer à José Pedros Prados qu’il est bien Matador de toros.

 

(Bayonne, 1991 face aux Miuras les sourires sont crispés!)

 

 

 Un de ces nouveaux matador qui rapidement remplira la longue liste des Hommes habillés de lumières et qui pourtant  passent la plupart de la temporada  en jogging à tuer des toros imaginaires. Mais heureusement pour le maestro de Fuenlabrada, le Mundillo étant aussi versatiles  qu’un Miura coupé d’un Fraile, la France deviendra la terre d'Asile d'un matador en perdition. Finalement le petit de  *la pandilla, ayant grandi à coup de castagnes et autres bagarres face à des cornus plus hostiles que la malaria dans toutes les plazas deviendra, à sa façon, une *figura.

Il fallut attendre pour le jour de sa "despedida" pour à nouveau se délécter de ce sourire "novilleril" .

 

 Si vous cherchez à revoir ce même sourire, faites un détour par l'Ecole Taurine de Madrid où son nouveau Directeur, José Pedro Prados Martín apprend à de jeunes toreros à garder une petite part d'insouciance au creux de leurs muletas.

(Tyrosse; jour de Despedida: Même insouciance?)

 

 

 

Lexique.

* Competencia: Rivalité (bon enfant entre toreros)

* Las Empresa: Directeurs d' arènes

*Figura: Vedette

* Vallée de la terreur: ensemble de petites arènes aux alentours de Madrid.

* Pandilla: familièrement; la bande d'amis (dans ce cas précis).

 

Photos/Marc Vargas sauf "El Fundi en Madrid", "Jesús"