LE CAPOTE DE DENIS LORE.

18/06/2015 21:40

(Saint Gilles; place du village 1996).

 

 

"ON NE PEUT  PAS DOMPTER LES RÊVEURS" ( PAOLO COELHO).

 

LE CAPOTE DE DENIS LORE.

Mon histoire commence à Bayonne. En 1989 j'ai QUATORZE ans, le "gusanillo" me ronge déjà depuis longtemps. Mes premiers pas dans l'arène se feront dans la froideur d'un dimanche de décembre.

A Pomarez, une fiesta Campera est organisée par la Peña Taurine Côte Basque.

Sans aucune notion de toreo, je me retrouve devant mon premier Becerro; Aprés deux passes sans accrocs, une voltereta phénoménale me laisse comme un pantin inanimé sur le sable. Pas de "bobo" évidemment, mais de suite l'envie d'en découdre devant ma Mère le ventre noué.

 

1990: INTERVENTION CHIRURGICALE MINUTIEUSE (PRéVUE DEPUIS LA NAISSANCE) DE LA COLONNE VERTEBRALE. LES CHIRURGIENS PASSERONT HUIT HEURES A IMPLANTER TIGES, VIS, PLAQUES DANS

MON DOS: CONTINUER A REVER DE TOROS ETAIT LOIN D'ETRE LA PRIORITé DU MOMENT. AU CAS OU JE N'AURAIS PAS SAISI, LES CHIRURGIENS SE CHARGENT DE M'EXPLIQUER QU'UNE "MAUVAISE CHUTE" POUVAIT ETRE FATALE OU ME LAISSER PARAPLEGIQUE (LE TOUT DEVANT MES PARENTS BIEN SUR).

 

    

                                                           ( Pomarez, 1989 14 ans, présentation officielle )

 

MAIS QUE CELUI QUI N'A JAMAIS VOULU ETRE MATADOR DE TOROS ME JETTE LA PREMIERE PIERRE: QUE FAIRE?  J'AI DES AMIS A NIMES, CE SERA DONC LAS BAS LIBRE DE TOUT MOUVEMENTS "CACHé DE MES PARENTS" QUE JE CONTINUERAI L'AVENTURE. C'EST DONC A 15 ANS ET DEMIS QUE SEUL JE PRENDS POUR LA PREMIERE FOIS LE TRAIN A BAYONNE, CHANGEMENT A TOULOUSE DIRECTION NIMES. BON ELEVE, LES ABSENCES SCOLAIRES NE SONT PAS UN OBSTACLE A CETTE PASSION DEVORANTE.

 J'AI UN CAPOTE DE BREGA (OFFERT PAR CURRO CARO) LA MULETA DE Fco RUIZ MIGUEL (OFFERTE PAR LA PEñA DE BAYONNE) ET UNE ESPADA DE AYUDA ( OFFERTE AUSSI PAR LA PEñA). ARMé DE MES TRASTOS, LES SIX HEURES DE TRAIN QUI SEPARENT BAYONNE DE NIMES SONT PRETEXTES AUX REVES, L'ODEUR DE LA PERCALE CARRESSANT MES NARINES ME FAIT OUBLIER LES OBSTACLES QUI M'ATTENDENT.

 

 JE NE PEUX EVIDEMMENT PAS M'INSCRIRE DANS AUCUNE ECOLE TAURINE, MES PARENTS AURAIENT ETE ALERTéS DE MES PEREGRINATIONS CE QUI AURAIT MIT FIN A TOUTES MES ILLUSIONS.

 

                                       ( Mes "trastos", muleta de Ruiz Miguel et Capote de Denis Loré)

 

 

COMMENT ALORS S'ENTRAINER ?

 CE SERA CAISSARGUES.

 APRES AVOIR USé MES PANTALONS, MULETA PLANCHADA SUR LES GRADINS A REGARDER LES YEUX HUMIDES ET ILLUMINES LES TOREROS DU COIN S'ENTRAINER INLASSABLEMENT, LE JOUR DONT J'AVAIS TOUJOURS REVé ARRIVA: MON IDOLE DENIS LORE ME FIT UN GESTE DE LA TETE QUI VOULAIT DIRE: "ALLEZ GAMIN DESCENDS, TU VAS PAS RESTER DIX ANS SUR LE PERCHOIR"!

 

 

                                                           (CAISSARGUES AVEC DENIS LORé: ENFIN EN BAS!)

 

 

 LES JOURS COULAIENT DANS LA QUIETUDE; LE PETIT MONDE "CAISSARGUAIS" SE PRIT D'AFFECTION POUR "LE BAYONNAIS" QUI TOUTES LES DEUX SEMAINES FAISAIT 600Km POUR DESSINER QUELQUES NATURELLES SUR LE SABLE DE LA PETITE ARENE OU POUR DONNER QUELQUES VERONIQUES MALADROITES A UNE VACHETTE EN COMPAGNIE DES ELEVES DU C.F.T SYMBOLE DU TOREO FRANCAIS. VACHETTES, ERALES, MARC DEVENU "MARQUITO", J'EN OUBLIAIS LE CHANTIER PARALITIQUE QUI SIEGEAIT DANS MON DOS: CE DERNIER SE RAPELLA A MON CORPS D'UNE FACON VIOLENTE; OH NON! PAS DANS LA DOULEUR; DE MANIERE PLUS SOURNOISE AVEC EN ECHO: "ON N'ECHAPPE PAS A SON DESTIN".

 FIN DE L'AVENTURE. EN PLEURS JE QUITTE CAISSARGUES, NIMES EMPORTANT SUR BAYONNE UNE PLUIE DE REGRETS, DE REMORDS, DE COLERE; UNE BLESSURE DONT ON NE SE REMET JAMAIS. LES ANNEES PASSENT, ON VIT AVEC MAIS LE "GUSANILLO" CONTINUE, ET CONTINUERA A JAMAIS A VIVRE EN MOI.

JUSTE AVANT MON DEPART DE NIMES LE GESTE DE DENIS LORE M'AIDA ET CONTINUE DE M'AIDER A ME DIRE: OUI TU L'AS FAIT !!!

 

 

 

                                      ( "Le Capote de Denis Loré est devenu mien" )

 

 

CE CAPOTE OFFERT PAR DENIS LORÉ, SIGNÉ PAR TOUS LES TOREROS FRANÇAIS DU SUD EST,  S'IL L'EST (SIGNE) C'EST PARCE QU’IL MARQUE LA FIN D'UN RÊVE, DE MON RÊVE: CELUI DE DEVENIR MATADOR DE TOROS.


J'AI DOMPTÉ CE RÊVE, MAIS COMMENT S'ACCOUTUME -T -ON DE LA NOSTALGIE ?   ÉTRANGE SENTIMENT QUE CE DERNIER. LES SOUVENIRS SONT ALORS D'UNE AIDE PRECIEUSE.

 

 

                          ( L'Entrainement toujours rude dans les arènes de Caissargues ).

 

 

JE N'AURAIS PAS ASSEZ DE DIX VIES cePOUR DIRE MA GRATITUDE A  DENIS LORÉ POUR CETTE OFFRANDE, AINSI QU'A TOUS LES TOREROS, MARC SERRANO, BERNARD CARBUCCIA, DOMINIQUE VACHE, RICHARD MILIAN OU ENCORE ET BIEN SUR PAQUITO LEAL ET BIEN D'AUTRES... QUI APRES M'AVOIR ENTRAINE, CONSEILLé PUIS RECONFORTé ONT APPOSÉ UN MOT, UNE PHRASE, UNE SIGNATURE ET QUI M'ONT SURTOUT PERMIS PENDANT QUELQUES ANNÉES DE TUTOYER LEUR MONDE. CAR QU'ELLE AUTRE  PERSONNE  QU'UN TORERO SAIT ET COMPREND COMBIEN LE DÉSIR D’ÊTRE MATADOR EST PLUS QU'UN SONGE ?

 

LORSQUE LE MOT "FIN" SE PROFILE A L'HORIZON IL NE NOUS RESTE ALORS QUE DES CHIMÈRE AUX YEUX DE CHAGRIN, DE REMORDS ET DE REGRETS.

AINSI MALGRÉ LES ANNÉES ET QUELS QUE FURENT LES DÉTAILS QUI M'EXILERENT DE CETTE AVENTURE UN PEU FOLLE, LES FÊLURES ET L’ÉROSION DU TEMPS ANESTHESIENT UN INSTANT LE DÉCHIREMENT DE QUELQUES SOUVENIRS HEUREUX.

 

MALGRÉ CE REPIT BIENVENU, INÉVITABLEMENT DES PIERRES DE  REMORDS ET DE REGRETS FONDENT COMME NEIGE AU SOLEILS... POURTANT LORSQUE  JE DÉPLIE CE QUI FUT UN TEMPS MA CAPE SYMBOLE DE FIERTÉ, LA NOSTALGIE QUI ME RONGE INSATIABLEMENT NE TROUVENT PLUS PLACE DANS MA VIE.

 

AU CONTRAIRE, CE TISSU AMIDONNÉ ME GRANDIT  D'UNE FIERTÉ JUBILATOIRE: CELLE DE M’ÊTRE SERVI DE CE "TRASTO" .

 

 

EN REVANCHE LORSQUE SOIGNEUSEMENT JE LE REPLIE, JE LE REFERME COMME UN LIVRE AU GOUT D’INACHEVÉ.

 POURTANT, MEME TRONQUÉ CE LIVRE A EU LE MÉRITE D'EXISTER.  GRÂCE A QUELQUES HOMMES MIRIFIQUES, PASSIONNÉS ET GÉNÉREUX: LES TOREROS.

 

CETTE BAFOUILLE EST BIEN FUTILE COMPARÉE A LA FORTUNE ET A L'ENRICHISSEMENT DE TELLES RENCONTRES.

ET SI CETTE LETTRE PEUT SEMBLER BIEN DÉRISOIRE,  ELLE ME PERMET ENFIN APRES DES ANNÉES DE LEUR EXPRIMER  MA RECONNAISSANCE, ET LA GRATITUDE DE M'AVOIR ACCOMPAGNÉ UN TEMPS SUR LEUR CHEMIN.

 

 

APRES TOUTES CES ANNÉES, MEME SI JE CONTINUE A ERRER DANS UNE BRUME DORÉE, LE TEMPS EST VENU POUR MOI DE RETENIR LA CITATION D'ANTOINE DE RIVAROL:

 

" HATE TOI DE BIEN VIVRE ET SONGE QUE CHAQUE JOUR EST A LUI SEUL UNE VIE" .

 

 DIMANCHE, ISTRES: SUERTE MAESTRO !

 

 

Marc Vargas

     

 

Remerciements: Denis Loré, Dominique Vache, Paquito Leal,  Denis et Marie Claude Gaillard, Bernard Carbuccia, Peña Taurine Côte Basque de Bayonne: Roger Merlin et René Payen