Alberto Pozo, l'Honneur des Braves

15/01/2017 13:03

 

 

Alberto Pozo, « l’honneur des braves »  .

 

Nous sommes le 28 juillet 2013, appareil photo en bandoulière, carnet et stylo dans la poche arrière droite de mon jean,  je regagne exalté ma place dans le callejon des arènes d’Orthez. Au menu, six novillos de "Zaballos"" pour Jesús Fernández, Iván Abasado et Alberto Pozo.

 

 Après un passage remarqué en Novillada non Piquée, l’Albaceteño Alberto Pozo amorça sa carrière professionnelle le 8 septembre 2010 chez lui à Albacete. La rage au ventre, il toréa quelques novilladas ci ou là. 2011 fut une année compliquée, qui différa et repoussa son alternative.

 2012 se mue en une âpre temporada, peu de carteles, la moitié dans des plazas de seconde zone, portatives où le novillo compte généralement « quatre ou cinq herbes ». L’année 2013 fut  inévitablement difficile à appréhender. Alors comme il l’a toujours fait, pour ne pas perdre la main et parce qu’une vie sans toros ne lui est pas envisageable, Alberto torée tout ce qui est brave, armé de deux serpes en guise de cornes. Carnavals, tientas, quelques toros en privé.

 

 

(Tienta d'un cuatreño chez Hoyo de la Gitana)                            

Alberto Pozo connaît par cœur le fonctionnement du monde taurin. Sans apoderado, ou pour le moins un référent, en somme une personne de confiance ayant les moyens pécuniaires de soutenir une carrière, point de contrat… (* lire l’excellent article paru dans la revue « Tendido » écrit par J.C Dufau : « l’Apoderado, animal mythique ? ». No 46/ du mois de Mars 1992)

En effet la sanction tombe de façon inéluctable. Tel le couperet sur la nuque du condamné, le téléphone reste muet.

 

En 2013, Orthez Mr Biondi qui croit en lui, lui offre une oportunidad* le 28 juillet devant un lot compliqué de Miguel Zaballos.

 

(Orthez...)                  

 

   

Blessé face à son premier opposant, le torero de la « Mancha » montre alors tout le pundonor qui le qualifie. Il combattra jusqu’au malaise son deuxième novillo, banderilles en sus et estoconazo colossal.

 

   

(Palos y estoconazo)

                

Alberto Pozo n’a peut être pas la plastique d’un Dominguín ou  la lidia innée  de son illustre paisano Dámaso González, dont le visage taillé à la serpe semble tout droit sorti d’un tableau du Greco, mais chaque torero, chaque Homme, emprunte un chemin qui lui est propre.  Alberto Pozo Ruiz  se bat donc avec ses armes. Après tout, l’incertitude d’une carrière est aussi jubilatoire quand tant de données entrent en jeu. C’est aussi disons-le, ce qui fait le charme de cet art tant énigmatique qu’est la tauromachie.

 

 

 

 En cette matinée lourde et ensoleillée à Orthez rien de très mystérieux à appréhender. Novillada matinale en apéritif pour les agapes prévues à six heures. Pendant une féria, les novilladas matinales drainent trop peu de spectateurs, la plupart d'entre eux optant plutôt pour une bonne aspirine tête sur l’oreiller, reprenant des forces pour en fin d’après midi, s'assurer de garder les cinq sens en éveil lors de la corrida.

Dommage pour les absents, car en cette matinée de juillet le jeune Alberto Pozo écrivit une lettre de bravoure sur le sable au prix de son sang.  Scénario limpide d’un film dont le titre serait : « l’Honneur des Braves ».

 

Défait donc par son premier adversaire, le nez et trois côtes cassés, il revint  la rage au ventre au combat: à cet instant peu m’importèrent la délicatesse des derechazos ou des pechos ajustés au cordeau. L’instant était parfait. Tout-à-coup, il devenait jouissif et à la fois douloureux tant la tragédie Shakespearienne à laquelle j'assistais ne m'appartenait plus, et ce, ad vitam aeternam. Cette futile barrière qui me sépare de ce qui se joue devant moi, me ramène cruellement à une pérenne réalité. Acteurs Principaux et spectateurs que nous sommes, sont malheureusement et/ou heureusement telles deux lignes parallèles qui malgré l’effet d’optique,  ne peuvent se rejoindre.  L'humilité, qualité intrinsèque du torero doit être partager par chacun d'ente nous devant l'Homme vétu de lumières. Cette charte officieuse de l'aficion qui fait foi, pourrait pourtant potentiellement être abrogée au prix d'un choix cornélien que peu seraient prêts à braver. Ne pas être "public"... mais interprète!

 

Le matador de Novillos Alberto Pozo Ruiz a choisi la second choix. Ce jour, un toro sauvage lui a fracturé le nez et les côtes, parce que cette profession a delà du pacte signé avec la faucheuse, simple conformité, impose par dessus tout un don de soi démeusuré, un courage à toute épreuve, un dévouement envers l'animal synonime pour le torero d'un culte extasié, ce dernier ne quittera pas la scène. On ne devient pas torero, on nait torero, c'est ainsi. A Orthez, comme à Carcassonne ou Valdemayor (Espagne), Alberto Pozo, loin de crouler sous les contrats n'avait d'autre choix que d'éviter la case infirmerie qui lui aurait "offert" un aller simple pour l'hôpital le plus proche ("parte medical"*).

Deux novillos lui étaient promis, bien peu lui importaient à cet instant les blessures infligées par son premier opposant, il lui était inconcevable de laisser repartir le quadupède sur ses quatre pattes sans l'avoir élevé au rang dû au Toro Bravo.

 

Même s'il est vrai que tauromachiquement parlant, cette journée ne donnera pas lieu à quelques livres consacrés à l’évènement,  et que ce 25/07/2013 ne marquera pas l’Histoire de la tauromachie, elle fera naître une indéfectible amitié entre le torero et le photographe médusé dans le callejon. J'ai eu à plusieurs reprises depuis ce jour, l'occasion de percer ce mystère quasi mystique qui pousse un être humain à danser avec la mort, en pressant de questions le Torero devenu ami. Ses multiples réponses restèrent sans appel: "Hombre, porque nací torero" *.

 

Si la mémoire collective de l’Aficion se nourrit de grandes plumes, les souvenirs personnels de chacun ne font que rajouter à la beauté de l’ouvrage.

Voici aussi la grandeur de la Tauromachie. (Marc)

 

(Blessé mais heureux d'avoir toréer)

 

Alberto Pozo en 2017. Alberto Pozo Ruiz après une "petite" temporada 2016 riche en qualité voit s'ouvrir 2017 sous les meilleurs auspices. Il est dorénavant apodéré par "Pepe" Salamanca, ce dernier ami de Carlos Zuñiga. L'Albeceteño devrait se présenter à Madrid et profiter de l'amitié professionnelle qui lie son nouvel apoderado et l'empresa Zuñiga pour entrer dans les grandes férias. A commencer par Logroño...


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Lexique:

*Oportunidad: Chance, opportunité.

*Parte medical: Compte rendu médical délivré par le médecin/chirurgien des arènes.

*Hombre, porque nací torero: enfin! je suis tout torero!

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Remerciements au matador de Novillos Alberto Pozo Ruiz/Agradecimientos al matador de novillos : Alberto Pozo Ruiz

Texte et photos Novillada Orthez M.Vargas, tienta: collection privée Alberto Pozo Ruiz.

Texto y fótos Novillada Orthez M.Vargas.  tienta: fotografías: colección privada Alberto Pozo Ruiz.